A 14h, place Darcy on est une cinquantaine à attendre que d’autres lycéen-ne-s arrivent. On se questionne : mais où sont donc les lycéen-ne-s ? Pourquoi et comment une révolte si explosive a pu s’arrêter en si peu de temps ? Manipulation médiatique, pressions des parents, peur de la police et punitions des administrations ont-elles suffit à démobiliser celleux dont on aurait dit que rien ne pouvait les stopper ?
Déterminé à faire quelque chose, on lance une initiative : on se sépare en petit groupes (pour tromper les flics) afin de se rejoindre au Castel. Effectivement, depuis quelques temps le mot tourne : jeudi, les manifestant-e-s aident les lycéen-ne-s du Castel à occuper leur lycée.
Arrivé-e-s là-bas, certain-e-s explorent les bâtiments pendant que d’autres attendent devant le lycée. Grâce à l’aide d’un professeur, qui nous soutient dans la parole mais aussi dans les actes, une salle de cours est libérée. Face à cette opportunité, on se précipite et la salle se remplie vite d’une joyeuse assemblée.
On fait des plans du Castel sur le tableau noir, on déplace les tables si bien alignées d’habitude pour les installer en rond et on commence enfin la discussion. Plusieurs points sont abordés : l’occupation totale du bâtiment, la nuit, la nourriture, les autres actions, … On décide d’abréger notre réunion pour aller parler avec les autres lycéen-ne-s pendant la récrée.
Certain-e-s d’entre nous font le tour des classes (se heurtant souvent aux refus d’enseignants qui ne peuvent accepter une initiative qui ne soit pas « autorisée par l’administration ») pendant que d’autres déploient une énorme banderole « OCCUPATION ! » sur le portail du lycée. À la sonnerie, on distribue nos tracts (voir ci-dessous) et on discute avec celleux qui n’étaient pas au courant.
Une fois la récrée passée, certain-e-s essayent de mettre la banderole sur le bâtiment pour qu’elle soit plus visible mais le proviseur arrive, hurlant : « si vous mettez la banderole sur le bâtiment j’appelle la police, vous pouvez la mettre sur le portail, mais c’est tout ! » Vingt seconde après, on le voit s’adresser à un flic en civil (en fait ce mytho a déjà appelé la police). Comme on galère à mettre la banderole et que le proviseur commence déjà à nous la tirer des mains, on laisse tomber et on va la remettre sur le portail.
Là, trois fourgons de la police nationale et deux voitures arrivent. Ils sortent tous-tes en essayant (comme à leur habitude) d’être impressionnant et commencent à contrôler notre identité. Illes sont assez provoc, et posent pleins de questions. Personne ne répond. Au bout d’un moment illes nous lâchent.
À l’intérieur la tension monte d’un cran. Est-ce que la police va rentrer dans le lycée pour nous virer ? A priori il y a peu de chance : l’occupation est une vieille pratique et les policiers ne peuvent rentrer que sous demande du proviseur. Celui-ci, même s’il prétend assumer une expulsion policière aurait alors toute la pression du mouvement lycéen, des parents et des professeur-e-s sur lui.
Les cowboys restent peu de temps devant le lycée et finalement s’en vont.
Durant la récréation la salle occupée s’est pas mal remplie de nouvelles têtes. Mais beaucoup ne veulent/peuvent pas rester la nuit et s’en vont progressivement. Finalement, on se retrouve à 18h30 à une quinzaine dans le lycée vidé de tous ses élèves.
Là, on a le droit à deux formidables pièces de théâtre, du proviseur adjoint d’abord (entouré de deux surveillants qui montent les épaules pour essayer de ressembler à des gardes du corps) puis, du proviseur. Ils prennent tous deux un air grave, sérieux, nerveux, autoritaire et enchaînent plusieurs arguments débiles, nous demandant de sortir. Citons un petit moment rigolo :
Le proviseur rentre dans la salle occupée, il dit : « J’appelle la police ! » et demande à voix haute à son serviteur le proviseur adjoint : « Allez-y, appelez la police ! » Il sort quelques minutes puis revient et dit : « Bon, soit vous sortez, soit j’appelle la police ! » En fait il a fait semblant d’appeler la police pour nous faire peur !
Alors qu’on est plutôt parti pour rester jusqu’au bout, le proviseur réussi finalement à insuffler le doute parmi nous. Du coup, on lui dit qu’on veut bien sortir à condition qu’il n’y ait pas de policiers à la sortie. Mais, alors que nous sortons, le proviseur annonce à deux internes qu’il avertira leurs parents de leur présence dans la salle occupée. Bien décidé-e-s à lui faire annuler cette décision, nous remontons en réclamant un acte écrit comme quoi il s’engage à ne pas appeler les parents des deux élèves. Mais nous nous heurtons encore une fois à un discours plutôt inquiétant quand à la pensé du personnage. Effectivement, pour lui, ce n’est pas du ressort des lycéen-ne-s d’avoir une conscience politique (mais jusqu’à quand faudra-t-il attendre encore ?). Il fait le sourd, coupe la parole et menace encore une fois d’une intervention policière.
On sort groupé, au cas où il y aurait quand même des tentatives d’arrestation. Une discussion nous amène à la conclusion : on aurait du rester !