Nous sommes tous d’accord : les blocages de lycées accroissent considérablement notre puissance.
Les cours nous neutralisent, nous étouffent, nous maintiennent dans un état de faiblesse permanent. En les empêchant, nous reprenons ce qu’ils nous ont toujours volé : notre vie.
Le temps libre, les rencontres, l’aventure, la confrontation avec le proviseur, les flics ou les parents, les actions, les manifs, le partage, d’analyse, de vision, d’envie, de commun, tous ces moments intense que nous pouvons vivre ensemble grâce au sabotage temporaire de l’assiduité obligatoire nous ont permis de ressentir une évidence quotidiennement refoulée.
Nous ne bloquons pas parce qu’il le faut, mais parce nous en avons envie.
Cette envie, ce n’est pas une réforme qui nous la donne. Elle est en nous depuis toujours. Depuis qu’ ON nous oblige à passer tout notre temps assit sur une chaise, à rester en cours, à intégrer un programme qu’un ministère a composé, à faire nos devoirs, à mettre notre réveil, à ne pas parler avec notre voisin, à accepter d’être coupé dans une discussion ou un baiser par une sonnerie, depuis qu’ ON a prétendu savoir ce qui ferait notre bien, ce qui ferait notre mal et qu’ ON nous l’a imposé comme réalité indépassable.
C’est cette évidence que malheureusement ON se cache, ou que nous cachons astucieusement derrière des prétextes comme la bonne cause ou la revendication.
Astucieusement, parce qu’au près des parents, profs, CPE ou surveillants, il peut nous être utile de cacher ce qui nous anime profondément derrière un prétexte. Cela peut nous obtenir
quelques signatures de billets d’absences ou nous éviter quelques engueulades. Bien que pour certains d’entre nous ces engueulades fassent partie de ce qui nous anime.
Malheureusement, car au moment ou les dispositifs mis en place par l’État parviennent à imposer le retour à la normale – réforme annulée ou repoussée, intervention de la police –
quand chacun rentre dans le rang, ceux qui se sont cachés l’évidence qui les poussaient au mouvement se retrouvent désemparés, obligé moralement de s’arrêter.
Nous ne croyons pas que dans les prochains mouvements cette évidence sera claire pour tout le monde. Par contre, nous pensons que plus elle le sera plus nous gagnerons en force. Car, en un rien de temps, elle peut ruiner les jugements qui nous séparent et nous divisent.
Et ainsi nous construirons les conditions telles qu’un retour à la normale ne soit plus possible.
« Ces lycéens manifestent sans savoir pourquoi »
« Ils ne font ça que pour sécher »
« Ils ne connaissent même pas les réformes »